Aventure

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Aventure

Message  tropifan le Jeu 28 Fév 2013 - 7:55

L´été dernier, en lisant le récit humoristique des aventures douloureuses de notre cher Simu
sur le GR 20, j´avais décidé de raconter moi aussi une
petite
aventure, mais vous savez ce que c´est, on n´a pas le temps, ou
tout simplement on a la flemme, et on trouve toujours une excuse pour
remettre à plus tard. Puis on finit par oublier... pendant un
certain temps.

Parce que je viens d´y repenser en cherchant quelque chose de plus ou moins original pour
mon millième post que je m´étais promis de célébrer, et je m´y
suis collé sans perdre de temps, car j´en étais déjà à 996
posts lorsque j´ai eu cette brillante idée. Alors voilà, je vous
livre aujourd´hui la première partie.

AVENTURE (1)


Les touristes que je promenais en Equateur me disaient parfois : "Vous avez dû vivre
des aventures passionnantes depuis que vous habitez dans ce pays".
Au risque de les décevoir, je devais reconnaître que grimper à
4800 mètres sur de mauvaises pistes au volant de mon 4x4, ce que je
faisais une ou deux fois par mois, n´a rien de vraiment aventureux ;
en cas de panne, le pire qui pouvait m´arriver était de passer une
très mauvaise nuit dans une masure indienne et de redescendre à
pied pour téléphoner à un dépanneur.

« Mais vous risquez l´infarctus ! » me disaient certains, me voyant la cigarette au bec
lorsque je les conduisais à pied depuis la fin de la piste jusqu´au
refuge du Chimborazo qui se trouve exactement à 5000 mètres
d´altitude, soit une dénivellation de 200 mètres qui en faisait
souffrir plus d´un à cause de la raréfaction de l´oxygène. On ne
meurt qu´une fois, et puis on peut toujours espérer s´en tirer, ce
qui m´est arrivé lorsque j´ai survécu à un infarctus total (mais
je ne fume plus).


Il y a des gens qui pensent qu´il ne neige jamais sous l´Equateur

Ou alors l´Amazonie qui représente tous les dangers dans l´imaginaire des « civilisés ».
Mais je ne suis pas masochiste au point de m´aventurer seul dans cet
« enfer vert » avec pour tout bagage une gourde d´eau et quelques
aliments. Et quant aux jaguars, caïmans, serpents et autres
sympathiques bestioles, il faut vraiment les chercher pour avoir une
petite chance de les apercevoir. Le seul animal redoutable, c´est le
moustique qui peut transmettre le paludisme et de toute façon vous
harcèle sans relâche toute la nuit. Très désagréable, mais rien
d´aventureux. Et je dois vous avouer qu´après quelques mauvaises
nuits en forêt, j´avais renoncé à me faire des misères : je
confiais mes touristes à un ami guide de forêt qui les amenait en
pirogue visiter le coin, manger et dormir chez des Indiens presque
nus mais très aimables, et moi je les attendais tranquillement au
village en jouant aux échecs.


En Amazonie

« Mais alors l´aventure ?» me direz-vous, ce qui prouve que vous avez suivi et je vous en
félicite.
Eh bien la seule véritable aventure, si j´ose employer ce mot un peu fort, c´est en France que
je l´ai vécue... à cause d´un vœu.

« Tiens, ça devient intéressant » vous dites-vous.

Du calme ! Pour vous expliquer le pourquoi et le comment de ce vœu, il me faut revenir en
arrière, assez loin en arrière. Installez-vous commodément,
vérifiez que comme Simu vous avez le pop corn à portée de la main,
et l´apéro (ou le coca, je ne suis pas chauvin) pas trop loin. Ça y est ?
Alors c´est parti.

Je vivais et travaillais depuis six mois à Quito, capitale de l´Equateur, lorsque j´ai lu
sur le journal un article à propos de l´inauguration d´une
menuiserie au Village d´enfants SOS. J´avais vaguement entendu
parler de cette ONG en France (elle est présente dans plus de 130
pays), et comme ça m´intéressait, j´ai décidé d´aller voir de
plus près à quoi ressemblait ce « village d´enfants SOS ».

Pourquoi ça m´intéressait ? Parce que j´ai perdu ma mère lorsque je n´avais que 12 ans, et
je me sens solidaire de tous les enfants qui sont dans la même situation.


Cette première visite m´a enthousiasmé : rien à voir avec les horribles orphelinats
traditionnels où les enfants étaient séparés par sexe et par
tranches d´âge. Ce village est constitué de 12 maisons qui
abritent chacune de 7 à 9 enfants, garçons et filles, des tout
petits, des petits, des ados... comme une véritable famille, avec
une mère SOS qui est chargée de les élever comme s´ils étaient
les siens, et ça fonctionne si bien dans la plupart des maisons que
les gamins considèrent vraiment cette femme comme leur mère, et
très souvent elle les aime autant que si elle les avait portés dans
son ventre.


Bien sûr il y a parfois des problèmes... comme dans la grande majorité des familles
biologiques, mais ce modèle est tellement bon pour les enfants qu´il
s´est répandu dans le monde entier car il s´adapte à toutes les
cultures, et que l´orphelinat traditionnel est en voie de
disparition, ce que personne ne regrettera.



Mais revenons à cette première visite. La secrétaire me fit visiter les lieux et je me
souviens que je fus favorablement impressionné par trois choses :
des fleurs un peu partout (en Equateur il n´y a pas de saisons et
il y a donc des fleurs toute l´année), les maisons qui avaient
chacune son style et sa personnalité, et surtout les sourires des
enfants : ni timides ni effrontés, des enfants épanouis et amicaux.
J´étais déjà conquis.


Puis on m´invita à prendre le café dans l´une des maisons où la mère SOS m´expliqua
l´organisation de sa maisonnée car 8 gamins, c´est du boulot : la
cuisine, le ménage auquel les enfants participent, le lavage du
linge, la surveillance des devoirs, assister aux réunions de parents
d´élèves, il y a vraiment de quoi s´occuper.


J´allais repartir, enchanté de cette visite, lorsque la secrétaire me demanda si je désirais
devenir parrain en m´engageant à apporter chaque mois un peu
d´argent. Je ne suis pas plus altruiste ou charitable qu´un autre,
mais comme je l´ai déjà dit, je me sens solidaire des enfants
orphelins. Et ça n´allait pas me coûter une fortune, d´autant
plus que je touchais à cette époque un salaire très confortable
d´expatrié. J´ai donc accepté.


« Vous préférez parrainer un enfant ou toute une maison ? » m´a-t-elle proposé. La dame qui
m´avait offert le café et ses enfants m´avaient si bien reçu que
j´ai opté pour la maison, devenant ainsi parrain de huit enfants à
la fois. Mes huit premiers filleuls. A ce moment-là je n´imaginais
pas qu´il y en aurait tant d´autres par la suite.



Excursion sur la côte avec la famille SOS que je parrainais

« Mais pourquoi tous ces filleuls ? » se demande le lecteur qui a bien suivi (et il a du
mérite).

Pour plusieurs raisons, la première étant que petit à petit j´ai pris de plus en plus de
responsabilités dans ce village que je visitais fréquemment, et
lorsqu´une mère SOS ne savait pas à qui demander d´être le
parrain d´un nouvel enfant, elle finissait par penser comme le
commissaire Duchnoc de la télé: « Bon sang, mais c´est bien sûr,
ce brave Tropi ne refusera pas », et j´y avais droit.


Je parle ici de baptême religieux, et je me souviens d´un cas où j´ai failli attraper un
tour de reins à cause d´un curé rigoriste qui m´a obligé à
tenir le gamin à bout de bras, comme un bébé, pendant qu´il lui
rinçait le cuir chevelu. Manque de pot, c´était un garçon de huit
ans très costaud. J´ai souffert ce jour-là ! (je posterai la photo
si je la retrouve).


Je n´ai pas retrouvé la photo mais en voici une autre du gamin en question prise le même jour

A ce propos une précision : les villages d´enfants SOS ne sont pas une organisation
confessionnelle, ce qui lui permet de s´adapter à toutes les
cultures et religions, catholique par exemple en Amérique latine,
musulmane en Afrique et au Moyen Orient, bouddhiste en Asie du
sud-est.


L´autre raison principale, c´est que dans ce modèle, il y a une mère SOS dans chaque maison,
mais pas de père. Alors les enfants sont libres de choisir l´image
masculine qui leur convient le mieux. Ça peut être le directeur, le
jardinier s´il y en a un, un autre employé, ou bien un responsable
comme moi par exemple. Quand un(e) gamin(e) commençait à m´appeler
« padrino » (parrain) sans être mon filleul, ça devenait grave.
Je parle des enfants à partir de 7 ou 8 ans, parce que les petits
pensaient que « padrino » était mon nom. S´il existait entre cet
enfant et moi une sympathie réciproque, c´était suffisant pour ce
que j´appelais un parrainage par consentement mutuel.


Le (ou la) môme pensait en gros : « Si j´avais un père, j´aimerais qu´il te ressemble ;
alors si tu veux bien être mon parrain, ce sera super »

Et moi je pensais : « tu es un(e) gentil(le) môme, je serais très content que tu sois mon (ma)
filleul(e), alors on va faire comme si »


Un non dit qui en disait plus long que des paroles creuses, et l´expérience m´a prouvé que
ces parrainages non officiels étaient souvent les plus solides : les
deux jeunes femmes, maintenant mères de famille, qui me sont
actuellement les plus proches sont justement des filleules par
consentement mutuel.



Pique-nique au Village SOS lors d´une fête. J´aime cette photo parce qu´on y voit mes deux filleules par consentement mutuel préférées, surtout Carmen (pull bleu ciel, derrière le panier) qui m´a annoncé aujourd´hui qu´elle est enceinte de son deuxième enfant.

Je sens qu´il y a quelques lecteurs qui pensent : « C´est bien joli son baratin au Tropi, mais
avec tout ça on sait encore pas de quelle aventure il s´agit. Et
puis ce vœu dont il a parlé au début, pas un mot, aucun indice,
rien ! A tous les coups c´est du pipeau ! »


Du calme ! Dans le prochain
épisode vous saurez... si vous le désirez


Dernière édition par tropifan le Ven 1 Mar 2013 - 20:12, édité 2 fois

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Re: Aventure

Message  Simulacra le Jeu 28 Fév 2013 - 17:46

J'adore...

LA façon de raconter, les photos, l'histoire en elle même (toujours passionnant de te lire...)

Merci pour ce partage, vivement la suite ! Non Franchement, le Simu, il est juste admiratif de ta manière de piquer notre attention avec tes histoires, malheureusement trop rares ! Very Happy

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Re: Aventure

Message  Invité le Jeu 28 Fév 2013 - 17:56

Déjà, bravo pour les 1000 !
Ensuite j'ai lu ça avec beaucoup de plaisir mais aussi de curiosité et d'intérêt, et ma frustration n'en a été que plus grande une fois arrivé en fin de page.
Ma réaction fut plus proche du "Raaaah, mais pourquoi il s'arrête là, il n'a pas le droit", cependant. N'ayant pu trouver malgré mes recherches fouillées aucun élément de droit national, communautaire ou international t'obligeant à continuer immédiatement ta prose, j'attends donc avec impatience la suite du récit de tes aventures. Un récit qui ouvre un peu l'esprit au monde, ce qui n'est pas la moindre de ses qualités.

PS: Si, j'ai trouvé ! Article 45 du Traité sur le Fonctionnement de l'Union Européenne: "La libre circulation des travailleurs est assurée à l'intérieur de l'Union". Je suis un travailleur (ou presque), l'absence de suite à ton récit menace ma libre circulation (sanguine, bouleversée par le suspens), en vertu du droit européen et des pouvoirs qui ne me sont pas conférés j'exige une suite !
PPS: Ah mais l'Equateur est pas dans l'Union Européenne, ça marche pas. Zut !

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Re: Aventure

Message  KTsering le Jeu 28 Fév 2013 - 20:25

1000 articles ! Wouah ....
Je suis impressionnée.

Quant à ton récit, ben, moi aussi, j'adore :-)
Et j'attends la suite avec impatience.

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Re: Aventure

Message  tropifan le Ven 1 Mar 2013 - 16:46

AVENTURE (2)



Juan Carlos (qui n´est pas un de mes filleuls, pour changer) sur le logo des Villages d´enfants SOS

Donc, si vous avez suivi le premier épisode, vous avez compris qu´au fil des
années je prenais de plus en plus de responsabilités dans ce
village d´enfants. J´avais été coopté au conseil
d´administration de 6 membres, et comme nous étions, un autre et
moi, ceux des six qui avaient le plus d´énergie et de temps libre,
nos collègues nous faisaient confiance pour administrer le village.

Et il y avait de quoi faire, entre autres choses à cause de directeurs
incompétents, indélicats ou simplement paresseux. Sans parler du
ravitaillement pour 120 personnes afin d´optimiser l´usage des
fonds que nous recevions, principalement de l´organisation sœur
française avec laquelle je faisais la liaison, grâce à ses 500
parrains soutenant notre village.

Au mois de juin de cette année-là nous avons accueilli un enfant de 9 ans
prénommé Cristian (sans h car hispanophone) qui venait de perdre sa
mère. On en recevait tout au long de l´année, des cas souvent
dramatiques lorsqu´il s´agissait d´un abandon dû à l´extrême
pauvreté, ou sordides (viols, mauvais traitements). Cristian n´avait
pas connu cette détresse. Sa mère survivait difficilement en
vendant des bonbons sur un trottoir, mais cette pauvre femme se
sacrifiait pour son fils qui au moins ne manquait pas d´amour.

Ce qui était dramatique dans le cas de Cristian, c´est qu´il se retrouvait seul
au monde à 9 ans. Les autres avaient presque toujours oncles,
tantes, cousins, trop pauvres pour prendre en charge un enfant de
plus, mais ils avaient au moins quelque chose qui ressemblait
vaguement à une famille. Lui n´avait personne. Sa mère était
originaire de Cuenca, la troisième ville plus peuplée du pays à
500 km au sud de Quito, et on pense qu´elle était venue vivre à
Quito après avoir coupé les ponts avec sa famille qui n´acceptait
pas qu´elle soit enceinte d´un inconnu.
J´imagine que se retrouver seul au monde à 9 ans, ce doit être terrible.

Il n´a pas eu beaucoup de temps, à peine quinze jours, pour s´habituer à sa
nouvelle vie et à la maison qui l´accueillait dans le village SOS,
car tous les ans au mois de juillet nous organisions une colonie de
vacances qui permettait de donner aux mères SOS les trois semaines
de vacances auxquelles elles avaient droit et qu´elles avaient
largement méritées.

Cette année-là, le lieu choisi pour la colo était une plage au bord du
Pacifique, ce que nos petits montagnards appréciaient beaucoup
(Quito se trouve à 2800 m d´altitude). L´encadrement était
constitué par le directeur et quelques animateurs, en majorité des
« grands » du village SOS. Donc tout était pour le mieux.

Mais voilà que ce pauvre Cristian tombe malade, et le médecin local
diagnostique une banale grippe. Le traitement prescrit ne faisant
aucun effet et l´état du gamin empirant, le directeur me téléphone
pour m´expliquer le cas. Je n´ai pas hésité longtemps : je ne
connais pas grand chose à la médecine, mais les symptômes ne
pouvaient pas être ceux d´une simple grippe. J´ai donc dit au
directeur : « On n´a pas le droit de prendre un risque, ramène-le
à Quito le plus vite possible, je m´occupe d´avertir l´hôpital »

Il y a un hôpital populaire pas loin du village SOS, pas merveilleux du tout,
l´hygiène laisse à désirer, on trouve des mégots dans les
escaliers, l´ascenseur est souvent en panne, mais on y est connus
comme village d´enfants et j´étais certain que notre petit
Cristian y serait accueilli et soigné en priorité, ce qui hélas
n´est pas le cas ailleurs.

Le diagnostic m´a fait froid dans le dos : infection très grave, poumons remplis
de pus, pronostic vital engagé. Le médecin que j´ai vu a refusé
de se prononcer sur ses chances de survie en me disant : « Je ne
suis pas Dieu, on fait tout notre possible mais je ne peux rien vous
garantir ».

Quelques années plus tôt on avait perdu un enfant de 13 ans nommé José
Luis mort de leucémie, un garçon que tout le monde adorait dans le
village tellement il était gentil, et j´avais eu beaucoup de mal à
m´en remettre. Je n´aurais jamais pu être médecin ou infirmier
car la mort d´un enfant me semble un scandale.

J´étais bouleversé par ce diagnostic, à tel point que moi qui suis
agnostique à tendance athée, je me suis adressé à Dieu en pensant
qu´au moins j´aurais tout essayé. Comme aurait dit ce bon vieux
Jean (de La Fontaine), je lui tins à peu près ce langage :

« Si tu existes et si tu vois tout, tu as pu constater que je ne suis pas le
pire des salauds et que je ne suis pas non plus un petit saint,
disons que je suis dans la moyenne, alors je ne vais rien te demander
pour moi, ce serait le comble du culot ! Mais puisque tu sais tout,
tu es au courant que le petit Cristian a perdu sa maman, qu´il s´est
retrouvé seul dans la vie à 9 ans, et que maintenant il est sur un
lit d´hôpital entre la vie et la mort ; ça fait quand même
beaucoup pour un gamin. Ce que je te demande, c´est de le laisser
vivre. En contrepartie, je m´engage à le prendre comme filleul et
à veiller sur lui ».

J´ai réfléchi un moment, puis j´ai ajouté :
« Tu dois penser qu´en le prenant comme filleul, je ne me force pas trop. J´en
ai déjà une tripotée, alors un de plus, ça ne fera pas une grosse
différence. C´est vrai. Bon, alors je promets que s´il guérit je
ferai quelque chose de très difficile pour moi. Je ne sais pas
encore quoi, mais je promets que ce sera quelque chose qui m´en fera
baver ».


Deux ans après, Cristian (en jaune) chez moi avec son frère SOS Roberto

Quelques jours plus tard, le médecin nous a annoncé que l´enfant était sauvé.
Il ne conserverait comme souvenir que deux cicatrices sur la
poitrine, là où se trouvaient les drains qui avaient évacué le
pus. Si j´étais soulagé et heureux, je n´étais pas plus avancé
quant à l´existence de Dieu. Je ne savais pas, et je ne sais
toujours pas, s´il devait la vie à une intervention divine ou bien
simplement aux progrès de la médecine et à la résistance de son
organisme.

Mais une promesse est une promesse, je crois que je tiens cette façon de
penser de ma mère. Je me suis donc mis à chercher ce que je
pourrais bien faire pour ne pas trahir mon engagement.


Cristian (en chemise blanche) avec sa famille SOS (il manque deux filles sur la photo)

La suite prochainement
... si vous le voulez bien

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Re: Aventure

Message  Invité le Ven 1 Mar 2013 - 18:40

C'est toujours passionnant, prenant et joliment raconté. Donc, bien sûr qu'on attend la suite avec plaisir et impatience Smile

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Re: Aventure

Message  KTsering le Ven 1 Mar 2013 - 20:14

Merci pour ce beau récit et .... le suspense Very Happy

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Re: Aventure

Message  Simulacra le Sam 2 Mar 2013 - 5:17

Oui, on veut bien !

Rien dans ma vie ne me permettrait de raconter une telle histoire. Je sens que j'ai peu vécu, en fait, maintenant qu'on y pense. Mais ton texte est toujours aussi intéressant (intéressant ? Passionnant oui !) à lire...
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Re: Aventure

Message  AllanB le Sam 2 Mar 2013 - 9:42

Merci vraiment de ce très beau récit, plein d'humanité et fort bien raconté.
Vivement la suite ! Very Happy
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Re: Aventure

Message  tropifan le Sam 2 Mar 2013 - 12:26

Simulacra a écrit:Rien dans ma vie ne me permettrait de raconter une telle histoire. Je sens que j'ai peu vécu
Mais tu as encore largement le temps Very Happy Very Happy Very Happy
Et puisqu´il y a quelques personnes qui apprécient ce récit, je vais accélérer un peu les deux derniers épisodes Smile

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Re: Aventure

Message  chorel le Sam 2 Mar 2013 - 13:12

Tropifan, merci de nous faire part de ta fabuleuse aventure. Je comprends très bien ton histoire.
Simu, ta vie commence. Je crois bien que notre route est écrite d'avance, et nous fais faire des actions que l'on n'aurait jamais pu imaginer.
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Re: Aventure

Message  tropifan le Sam 2 Mar 2013 - 14:51

AVENTURE  (3)

Un jour,  en regardant TV5 Monde, seule chaîne francophone disponible dans de nombreux pays, je
suis tombé par hasard sur un reportage qui m´a intéressé. Il
s´agissait des gens qui « font » le chemin de Compostelle, lieu de
pèlerinage depuis le moyen-âge, certains par ferveur religieuse,
d'autres pour le plaisir de se balader. J´ai aussitôt pensé
« c´est exactement ce que je cherchais, il faut que je le fasse,

pas jusqu´à Compostelle mais aussi loin que je pourrai ! "
En y réfléchissant un peu, j´ai eu un doute : est-ce que j´en étais capable ? J´avais
58 ans, 6 ou 7 kilos de trop, je ne faisais plus de sport depuis très
longtemps, et pour couronner le tout je fumais plus d´un paquet de
clopes par jour. Une chose était sûre : j´allais en baver. Mais
après tout c´était ce que je m´étais engagé à faire, alors pas
de discussion, c´était décidé.


Pendant les semaines qui ont suivi, j´ai étudié les cartes de l´IGN que je possédais, de
manière à déterminer mon itinéraire. St Jacques de Compostelle ne
m´inspirait pas, je n´avais rien à y faire, et de plus ça se
trouve dans la seule région d´Espagne où il pleut trop souvent.
Par contre, l´idée d´aller à pied jusque dans mon Sud-Ouest natal
et de traverser les Pyrénées me plaisait beaucoup, mais aussitôt
la petite voix de la sagesse  me susurrait :

« Mon pauvre Tropi, arrête un peu de rêver, tu as passé l´âge de faire ce genre de trucs, tu
déclareras forfait au bout de 50 kilomètres, peut-être même
avant, l´aventure c´est bon pour les jeunes, pas pour toi ».


Je continuais malgré tout la préparation minutieuse de cette « expédition ». D´abord les
points fixes où je pourrais trouver le gîte et le couvert, en plus
d´un réconfort moral, si toutefois je n´arrêtais pas dès la
première étape :


Briis-sous-Forges dans l´Essonne où j´ai des amis

Montmorillon dans la Vienne où des amis habitant Poitiers avaient proposé de venir me
chercher, car passer à Poitiers augmentait inutilement le
kilométrage, et je préférais éviter les grandes villes


Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), la petite ville de mon enfance

J´avais prudemment renoncé à transporter une tente et un sac de couchage pour ne pas trop
alourdir mon sac à dos. J´ai donc écrit aux offices du tourisme
pour obtenir la liste des gîtes d´étape (c´est l´idéal mais il
y en a peu), chambres d´hôtes et petits hôtels pas chers des
départements qui risquaient de recevoir ma visite.

Il ne me restait plus qu´à faire la liste complète de ce que je devais emporter, le strict
minimum évidemment. Sac à dos compris, 8 kilos auxquels il fallait
ajouter 2 kilos pour l´eau et  un peu de nourriture pour la route,
fruits surtout et biscuits. 10 kilos au total, un poids raisonnable
donc.


C´est ainsi que début juillet je me suis retrouvé à Paris. J´ai laissé ma valise au
siège des Villages d´enfants SOS de France, puis direction
Notre-Dame. Pas question de tricher dès le premier jour, quand on
part de Paris, c´est du kilomètre zéro, le parvis de Notre-Dame.

Rue St Jacques, rue Soufflot, je marche bien, il fait beau mais pas exagérément chaud,
j´ai du pot pour cette première étape. En arrivant à Montrouge je
pense avec un sourire à un vieux copain qui m´a dit en plaisantant
« Si tu vas jusqu´au périph, tu en auras plein les pattes, alors
passe-moi un coup de fil, je viens te chercher  et on se fait une
bouffe ».

Je continue sans trop souffrir : Fontenay aux Roses, Chatenay-Malabry, la forêt de
Verrières où j´apprécie de marcher à l´ombre, et enfin Igny où
j´ai réservé une chambre. Je n´en reviens pas d´avoir parcouru
20 km aussi facilement.


L´étape suivante va être beaucoup plus dure. Jusqu´aux Ulis pas de problème, mais en sortant
du centre commercial où j´ai avalé un hamburger au Mac Do, j´ai
droit à trois kilomètres en plein soleil, et il fait très chaud.
J´espère qu´après St Jean de Beauregard la traversée du bois me
reposera. C´est pourtant à cet endroit que je vais endurer la plus
dure épreuve de la journée. Je cite mon carnet de route :


« Le chemin qui semble pénétrer dans le bois s´arrête vite, il a même été bouché
avec des branchages. Je descends, car c´est très pentu, à la
boussole. En short et avec des baskets c´est atroce car le sol est
couvert de ronces et d´orties. Je pense ingénument que je finirai
bien par le traverser, ce bois qui mesure 2 km de large d´après la
carte au 1/25 000. Au rythme où je vais, plus de 5 minutes pour
parcourir 100 mètres, il faut un moral d´acier ou être inconscient.


Je finis par trouver le chemin, relativement large puisqu´il y a des traces de tracteur,
mais souvent boueux. Je patauge, mes chaussures font peine à voir.
Puis ce maudit chemin disparaît. Une fois de plus ronces et orties,
j´ai les jambes couvertes de sang. Je le retrouve encore, plus
boueux que jamais, presque un marécage.

Il se perd de nouveau mais j´aperçois, dans la bonne direction (sud-ouest) et tout en
haut car je suis au fond d´un petit vallon, ce qui doit être la
lisière. Mais là, c´est le bouquet : ronces très hautes,
acrobaties sur des branches coupées, et pour finir le clou du
spectacle : je suis coincé au fond d´un ruisseau dont les bords
sont hauts d´un mètre cinquante. J´ai un moment de découragement.


Au prix d´un gros effort, en m´accrochant à des herbes, je parviens à me hisser. Il
ne reste plus qu´à remonter la pente et à trouver une sortie car
ce bois est aussi bien fermé qu´un coffre-fort. Et les pancartes «
entrée interdite », « pièges » confirment que les randonneurs
n´y sont pas les bienvenus alors que d´après la carte je viens de
suivre le GR de Pays du Hurepoix !!!



Il ne me restait plus que 3 km et demi pour arriver à Briis, but de cette
étape, mais j´étais crevé et je ne pouvais m´empêcher de penser que j´aurais été
beaucoup mieux, les doigts de pied en éventail sur une plage. Si
j´avais connu la chanson de nos chers Poppys, j´aurais volontiers
chanté comme Pierre « je suis un con, je suis tebé ».

Fort heureusement une bonne douche et un excellent repas avec mes amis
m´ont remonté le moral.




Les kilomètres succédaient aux kilomètres, les étapes aux étapes. Ce
qui changeait, c´était les paysages, le dîner et le logement du
soir qui parfois me permettaient de faire des rencontres
intéressantes et de connaître des gens originaux. Au terme de la
7ème étape je suis arrivé à Jargeau, bourgade sympathique au bord
de la Loire. J´étais content de moi car à Paris, en amateur de
statistiques et de pourcentages, j´avais estimé ainsi mes chances :


         30% de chances d´arriver à la Loire




  • 10%
    de chances d´arriver à Poitiers



  • 5%
    d´arriver à Villeneuve-sur-Lot

  • 1%
    d´arriver en Espagne


    J´y étais à la Loire, première grande victoire sur mon âge et ma
    paresse. Le plus dur avait été de résister à la tentation les
    deux ou trois fois où des gens bien intentionnés m´avaient
    gentiment proposé de m´avancer avec leur voiture, car je m´étais
    juré de ne jamais faire ne serait-ce qu´un mètre autrement que sur
    mes jambes. Si j´avais succombé à la tentation, mon autoestime en
    aurait pris un sérieux coup et j´aurais aussitôt renoncé à
    continuer.


    Le dernier épisode prochainement... si vous le voulez bien


Dernière édition par tropifan le Ven 27 Nov 2015 - 5:38, édité 6 fois

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Re: Aventure

Message  KTsering le Sam 2 Mar 2013 - 15:27

Et comment, qu'on veut bien !
Je dirais même plus : on attend la suite avec une impatience non dénuée de curiosité.

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Re: Aventure

Message  Invité le Dim 3 Mar 2013 - 6:57

Au risque de me répéter, c'est toujours passionnant à lire. Et, au risque de me répéter tout autant, j'attends la suite de pied ferme (moins ferme que les tiens sur les sentiers, peut-être, mais quand même).

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Re: Aventure

Message  tropifan le Dim 3 Mar 2013 - 14:16

AVENTURE (4)

Quand je préparais cette grande randonnée, penché sur les cartes, en notant les endroits où
je pourrais dormir, j´essayais de prévoir des étapes ne dépassant
pas 20 km, pensant que ce serait un maximum pour moi. Mais pour la
suivante, de Jargeau je n´avais rien trouvé de plus proche que
Jouy-le-Potier, à 28,5 km, et ce fut une journée difficile car à
la distance s´ajoutait la chaleur. Je n´étais cependant pas au
bout de mes peines.


Quelques jours plus tard je suis arrivé à Valençay, dans l´Indre. Problème : aucun gîte
d´étape, aucune chambre d´hôte, aucun hôtel à une distance
raisonnable, rien jusqu´à Buzançais, situé à 34,5 km. Je devais
donc partir plus tôt que d´habitude et espérer qu´il ne ferait
pas trop chaud, mais de toute façon j´allais souffrir.La chance m´avait
abandonné, ce 17 juillet fut l´un des jours les plus chauds de
l´été. Voici encore un extrait de mon carnet de route:

Au km 22 le seul bois de l´étape qui m´assure cinq minutes d´ombre. C´est mon problème
du jour, je suis presque toujours en plein soleil. Puis je suis un
mauvais sentier qui longe la lisière du bois. Un très beau
chevreuil sort des feuillages à une dizaine de mètres de moi, puis
un autre encore plus près. Ils me font de la peine, à l´ouverture
de la chasse ils n´ont aucune chance de s´en tirer, d´autant plus
qu´ils hésitent une bonne seconde en me voyant. D´aussi près,
même le plus maladroit des chasseurs ne peut les rater.


Je retrouve une petite
route. Il est 14 heures et le soleil me brûle jambes et visage, ça
devient vraiment dur. Je partage l´eau tiède qui reste entre boire
et me mouiller le crâne pour éviter l´insolation. Enfin Argy (km
28,5), village qui, en plus d´un beau château, possède une
merveille : un bistrot où je fais une halte, le temps de m´envoyer
coup sur coup deux panachés et de remplir ma gourde d´eau glacée.


Une étape normale se terminerait ici. Elle aurait été dure mais supportable. Ce qui suit
est de trop, presque inhumain. 6 km, ça n´a l´air de rien, mais en
plein soleil après sept heures sur la route, c´est atroce. C´est
la première fois depuis Paris que je termine dans ces conditions,
marchant comme un automate, ne m´arrêtant que pour me mouiller la
tête.


Enfin Buzançais ! gros bourg qui me semble plus désirable que la terre promise. J´arrive à
l´hôtel tellement brûlé et fatigué que je passe près de deux
heures à somnoler sur le lit sans avoir le courage de me laver. Une
douche et un bon repas me remettront d´aplomb, mais je n´oublierai
jamais cette journée.



Je ne suis plus très loin de Poitiers où je me suis promis de prendre
deux jours de vacances chez mes amis, repos bien mérité après 17
étapes. Mauvaise idée, la reprise après cette coupure de deux
jours est difficile, au point d´avoir envie de jeter ce sac qui pèse
sur mes épaules et de prendre le premier train pour Paris. Je
parviens à étouffer ce début de révolte, mais je sais désormais
qu´il n´est pas bon de s´arrêter. Ce qui
m´aide à résister à la paresse, c´est que j´approche de ma
ville natale, je veux absolument y parvenir à pied. Après, on
verra...

En Dordogne, il m´arrive la mésaventure que je redoutais depuis le
début, une averse si violente qu´en quelques minutes je suis
trempé, je n´ai plus rien de sec. Ce qui est rageant, c´est que je
ne me trouvais qu´à un kilomètre du petit hôtel-restaurant où
j´avais réservé. Il ne me reste plus qu´à organiser le séchage
dans ma chambre et à récupérer les calories perdues avec un très
bon repas.

Le lendemain, une anecdote amusante. Je cite encore mon carnet de route
:
Une voiture me croise, se met aussitôt à faire un terrible bruit de ferraille et s´arrête
200 mètres plus loin. Je me retourne et je vois une roue qui s´en
va toute seule et termine sa course dans un petit ravin boisé. Deux
filles sortent de la bagnole et le prennent plutôt bien. « C´est
pas possible, la roue ! » dit l´une d´elles en rigolant. J´hésite
un instant et je continue mon chemin sans mauvaise conscience. Il
passe sur cette route une voiture toutes les deux minutes environ,
elles pourront demander de l´aide à des gens qui n´ont fait
d´autre effort que poser leur cul sur le siège. A chaque jour
suffit sa peine. En y repensant, j´aurais pu recevoir la roue de
plein fouet, ce qui aurait été original comme accident. « J´ai
été heurté par une roue qui se baladait toute seule ».



Moment d´émotion à la fin de la 30ème étape : le panneau
VILLENEUVE-SUR-LOT. J´ai presque envie de l´embrasser. Me voici
dans ma ville natale, alors qu´au départ de Paris je ne m´accordais
que 5% de chances d´arriver jusqu´ici. 697 km parcourus à pied,
seulement à pied.
Quand j´étais gamin, lorsque je m´aventurais à
bicyclette sur la "route de Paris", je me demandais parfois
combien de temps il me faudrait pour parvenir à cette capitale
lointaine à vélo, ou bien à pied. Maintenant je le sais.
Je suis tellement euphorique que je décide de continuer l´aventure.
Jusqu´où ? J´aimerais bien franchir les Pyrénées et me retrouver
en Espagne, d´autant plus que depuis un bon mois je n´ai plus eu
l´occasion de parler espagnol, et ça me manque un peu.


Trois jours plus tard, je rejoins dans le Gers la branche principale du
Chemin de Compostelle, celle qui vient de la ville du Puy, et j´en
suis très heureux car la solitude commençait à me peser. C´est
une ambiance très spéciale que l´on vit sur LE CHEMIN, comme on
dit. On fait connaissance avec pas mal de gens, on fait un bout de
route ensemble, on se retrouve souvent le soir à l´étape, on
échange les potins du Chemin, des amitiés se nouent, c´est
vraiment très agréable.
Je vais pendant huit jours partager la vie et souvent les repas d´un groupe
de huit personnes, deux familles avec de grands enfants, qui font le
pèlerinage du Puy à St Jacques de Compostelle en trois ans, soit un
tiers du parcours trois années consécutives, pendant leurs
vacances.


La 43ème étape, entre St Jean Pied de Port et Roncevaux est très spéciale
puisqu´on franchit les Pyrénées. Très dure aussi car la montée
jusqu´au col est pénible, et la descente presque autant. Ce qui est
vraiment curieux, c´est que j´ai fait et refait mes comptes, je
dois me rendre à l´évidence : c´est exactement au passage de ce
col, point culminant du voyage, que je boucle les 1000 km de marche
depuis Paris. Comment ne pas être troublé par cette coïncidence ?
Une de plus, après la foudre qui est tombée sur la route à côté
du bistrot où je venais d´entrer pour fêter les 500 premiers
kilomètres, à La Chapelle Montbrandeix.

Encore deux jours de marche et je parviens à Pampelune, capitale de la
Navarre espagnole. Coup de téléphone à Quito : les trois garçons
que j´ai élevés, alors âgés de 21, 17 et 11 ans, ont des
problèmes avec la gestion de la petite sandwicherie-buvette que j´ai
achetée pour les occuper jusqu´à ce que les deux plus grands
trouvent un travail, surtout le second, celui qui est maintenant en
Andalousie, qui a une adolescence difficile et ne rate aucune des
bêtises possibles. Ils me pressent de rentrer à Quito.
Je convoque une petite réunion avec moi-même à la suite de cette
communication pour prendre une décision. J´ai parcouru 1053 km en
45 étapes, j´en ai souvent bavé, j´ai eu plusieurs fois envie
d´abandonner et de rentrer à Paris, mais j´ai continué. Je crois
que j´ai tenu ma promesse et je n´ai plus rien à me prouver.
L´aventure est terminée.


ÉPILOGUE
Je n´ai jamais dit à Cristian que c´est à cause de lui que je
me suis lancé dans cette aventure. J´aurais dû le remercier et il
n´aurait pas compris pourquoi. Car grâce à lui j´ai appris que le
corps humain recèle des réserves d´énergie dont on n´a pas
conscience. Et grâce à lui j´ai découvert une forme de tourisme
formidable, car en voyageant à pied, on profite des paysages, des
odeurs de la nature, on écoute le gazouillis des oiseaux, on
aperçoit des sangliers, des chevreuils, des furets, et j´en passe;
et puis surtout (et c´est la grande différence avec la randonnée
uniquement sur GR), on prend le temps de bavarder avec les gens dans
chaque village en demandant de l´eau, en buvant un panaché ou un
café au bistrot, on découvre ainsi la France profonde.

J´ai tellement aimé cette forme de tourisme que les années suivantes,
j´ai fait d´autres randonnées sac au dos, mais sans vœu cette
fois, pour mon seul plaisir : Paris-Rhône, Nantes-Albi,
Strasbourg-Chalon-sur-Saône. Et avec l´entraînement je parvenais à
boucler des étapes de 36 ou 37 km sans souffrir, quand il ne faisait
pas trop chaud bien sûr.


Dernière édition par tropifan le Mar 5 Mar 2013 - 21:14, édité 1 fois

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Re: Aventure

Message  Invité le Dim 3 Mar 2013 - 18:56

Eh bien après les messages d'impatience entre deux épisodes voici donc le moment du "Merci !"pour ce super récit qui fait bien plus que rendre honneur au cap des 1000 messages. Merci de nous avoir permis de marcher à tes côtés sur les sentiers de randonnée !

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Re: Aventure

Message  Simulacra le Lun 4 Mar 2013 - 20:21

Eh bé... faut en avoir du courage pour faire ça... mais finalement, tu n'auras pas vu Saint Jacques de Compostelle ! Sad

Aujourd'hui, tu serais capable de le refaire ? Very Happy
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Re: Aventure

Message  tropifan le Lun 4 Mar 2013 - 20:31

Simulacra a écrit:Aujourd'hui, tu serais capable de le refaire ? Very Happy
Oui, si un jeune en pleine forme comme toi me porte sur son dos Very Happy parce que sinon avec mon palpitant post infarctus je ne pourrais guère faire plus de 6 ou 7 km dans la journée
Compostelle, je n´ai jamais eu l´intention d´y aller, je n´étais pas un pèlerin... ce qui suppose qu´on soit croyant

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Re: Aventure

Message  tropifan le Lun 4 Mar 2013 - 21:06

Je tiens à remercier celles et ceux qui ont gentiment commenté ce sujet. Je n´écris pas aussi facilement qu´Irtimid, ça me demande un certain effort, ça prend du temps, et les encouragements m´ont aidé à terminer ce récit.
Mon millième post est arrivé un peu tard car j´avais prévu une autre histoire (plus courte) à poster obligatoirement à date fixe en mars, mais je n´ai encore rien fait et ça va être presque impossible parce qu´un gros problème familial m´oblige à de fréquents déplacements et me prend trop de temps.

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Re: Aventure

Message  pautel le Mar 5 Mar 2013 - 9:17

Je viens de terminer le récit et je dis bravo.Très belle aventure.
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Re: Aventure

Message  AllanB le Mer 6 Mar 2013 - 11:52

Merci beaucoup de nous faire partager, dans tes récits (très bien écrits !), une partie de ta vie.

En quelques mots, tu fais ressortir tout ce que tu as apporté à ces enfants, et aussi tout ce qu'ils t'ont donné.

Perso, ça me touche beaucoup...
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Re: Aventure

Message  tropifan le Mer 6 Mar 2013 - 12:44

Merci de ce commentaire aimable, je suis heureux que plusieurs personnes aient apprécié ce récit. Comme tu l´as compris, j´ai apporté ce que j´ai pu à ces enfants, mais ils m´ont énormément donné en retour. Quant à ma vie, je suis arrivé (hélas) au moment où l´on commence à en faire le bilan et où l´on n´hésite plus, par pudeur, à en dévoiler quelques aspects.

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Re: Aventure

Message  KTsering le Jeu 7 Mar 2013 - 18:59

Cher Tropifan, J'ai littéralement dévoré ton récit. Il est bien écrit, avec de l'humour, mais aussi quelle humanité ! Quelle humilité !
Je vais le relire avec plaisir d'une traite, et j'y reviendra sans nul doute.

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Re: Aventure

Message  titiboisco le Jeu 7 Mar 2013 - 21:05

C'est tout simplement superbe! Quel plaisir de te lire, on dévore, on attend les épisodes Bravo quelle humanité!

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Re: Aventure

Message  Le_neptunien le Ven 8 Mar 2013 - 0:19

Tropifan,

Je n'ai pas eu l'occasion de te le dire plus tôt car j'étais en vacances et ma connexion était très limitée, cependant je tiens à te remercier chaleureusement et sincèrement pour le très bon moment offert. La lecture de ton aventure, trépidante et entraînante, a été vraiment géniale ! Tu écris super bien et c'est un vrai plaisir de te lire.

Surtout, n'hésite pas à en publier d'autres quand tu veux !!

Au plaisir de te lire/revoir,
Le_neptunien

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